Dans la pratique de la Communication Facilitée et Psychophanie, que permet, provoque le toucher ?

 

Le toucher en Communication Facilitée et Psychophanie

Je m’interroge sur le sens du toucher dans la pratique de la Communication Facilitée et Psychophanie, ce qu’il change dans la relation thérapeutique, ce qu’il permet ou empêche éventuellement.

 

J’ai souhaité étayer cette recherche sur le concept de moi-peau.

 

En synthèse, le concept de moi-peau est une réalité d’ordre fantasmatique et une structure intermédiaire de l’appareil psychique.

Pour Didier Anzieu, le moi-peau est une figuration dont le moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même, à partir de son expérience de la surface du corps, comme moi contenant les contenus psychiques. Le moi-peau fonde la possibilité de la pensée. Cependant, le moi-peau doit être dépassé pour le développement même d’un appareil psychique différencié. D’après le travail d’Anzieu, l’interdit du toucher va permettre ce dépassement.

D’un point de vue psychanalytique, le toucher peut être relié à une régression relationnelle. Donc prendre et soutenir la main pour écrire représenterait un retour vers des relations plus fusionnelles avec l’autre, des stimulations tactiles modifiant la pensée, une excitation voire un acte violent psychiquement parlant.

En Communication Facilitée et Psychophanie, que permet, provoque le toucher ?

Si parfois certains patients handicapés ont des difficultés à prêter leur main pour écrire, pouvons-nous nous poser le problème dans les termes qui précèdent ?

Je citerai deux exemples opposés dans mon expérience clinique qui montreront qu’au-delà des polémiques sur la crédibilité, fondés sur tenir ou ne pas tenir la main, une relation se tisse, la communication se développe, dans le respect des personnes accompagnées.

Pour P., lourdement handicapé des suites d’un traumatisme crânien, prendre la main, la soutenir, sentir une impulsion sont des enjeux importants pour lui comme pour moi.

La difficulté de prendre une main spastique, de sentir une impulsion très faible m’ont fait songer plusieurs fois à faciliter sans la main. A l’écoute de P. et de sa maman, il ne m’a pas semblé possible d’instaurer ce type de facilitation, aussi j’ai persévéré. Au bout de plusieurs années de rencontres régulières, la facilitation de P. n’est toujours pas facile mais ce qu’elle apporte à la relation est source d’évolution dans la communication. P. est ouvert au monde qui l’entoure, il réagit à la vie de la maisonnée, a demandé à écrire des poèmes, à faire de la peinture ou du dessin… le fait de tenir la main et ainsi de le stimuler, lui permet de s’ancrer dans la vie. Tenir la main avec P. c’est comme l’enraciner et lui permettre d’avoir une action sur le monde. Cela a permis aussi de découvrir que la peinture le détend musculairement, il dit lui-même que c’est reposant. Dans ce cas-là, le lien physique renforce le lien psychique.

L’autre exemple que je souhaite présenter est celui de F. qui souffre d’une maladie neurologique dégénérative.

F. déambule sans cesse ou reste debout les deux mains appuyées sur un siège. S’il s’assoit de brefs instants, le fait de prendre sa main le fait se relever immédiatement et retourner à ses déambulations. Après plusieurs essais peu fructueux, j’ai proposé de taper pour F. en sa compagnie. Régulièrement je propose qu’il me prête sa main pour communiquer et en facilitation F. répond que ce n’est pas nécessaire, que nous pouvons communiquer sans la main et que c’est ma peur qui me fait hésiter. J’ai argumenté auprès de F. l’intérêt pour sa motricité, une plus grande fiabilité dans la communication et rien ne le fait accepter. Ce travail de facilitation fait avancer F. sur son chemin de vie, la relation s’est tissée au fil du temps. F. peut donner sa main très exceptionnellement, ce qu’il souhaite surtout c’est s’exprimer. J’aurais pu obtenir quelques phrases de sa main, en insistant, en contraignant mais F. ne refuse pas la communication, il refuse ou ne parvient pas à donner sa main. J’ai donc fait le choix de la communication au détriment du maintien de la main.

Pour conclure sur la question de cet article, je tente d’être dans la justesse de la relation avec les personnes que je facilite, ce qui m’a amené à ces deux choix opposés qui présentent tous les deux de l’intérêt pour les facilités, ce qui me paraît l’essentiel dans la relation d’aide.